Nature humaine

Jemimah Lorissaint, Peter Shmelzer et Sharon VanStarkenburg

21 avril 2022
 - 5 juin 2022

Galerie Annexe

Cette exposition cherche à s’affranchir tant des représentations traditionnelles du portrait que de l’évolution actuelle du « soi » dans la culture dominante. Elle rassemble trois artistes qui examinent et redéfinissent le portrait en transformant les récits et en défiant les normes sociales du genre et de l’identité.

Sharon VanStarkenburg dit de sa plus récente série Bitter Water [Eau amère] qu’elle « fait référence à l’histoire de l’art, à la culture populaire, aux récits et au folklore bibliques ; (elle est) surtout centrée sur des protagonistes féminins à la recherche de connexion avec — et d’empathie envers — d’autres organismes vivants ». La révision féministe est un fil conducteur dans la pratique de VanStarkenburg ; ayant grandi dans un foyer puritain, l’artiste rejette aujourd’hui la religion de sa jeunesse et adopte cette forme de narration afin de réinventer l’histoire. Dans ces récits fictifs, les femmes sont souvent mises au supplice, cette ancienne pratique juridique qui consistait à survivre à la torture, à l’empoisonnement et d’autres violences afin de prouver son innocence. VanStarkenburg démantèle ces traditions afin de créer de nouvelles mythologies où ses personnages principaux féminins sont autoritaires, indépendants et affranchis. Rendues de manière surréaliste et peuplées de figures étranges et mythiques, les scènes représentées paraissent fictives ; cependant, les nouvelles moutures de ces contes montrent bien comment les récits historiques continuent d’influencer notre rapport à l’identité et au genre.

Jemimah Lorissaint, tout comme VanStarkenburg, place ses figures féminines bien au centre. En combinant les expériences des autres et en les dépeignant à sa propre image, elle crée des portraits introspectifs qui expriment les traumatismes psychologiques changeants et la vulnérabilité de la féminité. Les médias sociaux nous renvoient des versions retouchées et filtrées de nos meilleurs angles (ou des versions de soi que nous enfilons à ce moment) et, ce faisant, diffusent un exemple omniprésent du portrait moderne. Lorissaint se détache des attentes grand public de l’égoportrait (« selfie ») et force le public à communiquer avec l’œuvre en partageant le voyage émotionnel de l’artiste, qui passe tant par le tourment que par l’indifférence. L’artiste explique : « J’espère que mes portraits exprimeront la profondeur de ma personnalité, car chacun d’entre eux raconte une histoire différente. J’espère aussi que le public pourra s’y retrouver, car je crois que mon travail contient un élément affectif (que ce soient de bonnes ou mauvaises émotions). » Lorissaint se préoccupe moins de la figure que de l’émotion véhiculée, et compare nos vrais « nous-mêmes » à ceux qui sont adaptés pour la sphère publique.

La facilité procurée par les téléphones intelligents a rapidement permis au portrait de devenir un produit recherché dans la culture populaire. Alors que nous profitons du pouvoir et de la liberté d’expression obtenus par cette forme, des questions se posent quant à l’authenticité. Quelle est la nature du portrait, où en est-il aujourd’hui et où va-t-il ? Peter Shmelzer pose un regard critique sur l’évolution du portrait dans sa nouvelle série Lesser Royalty [La petite royauté]. Il se penche sur les médias grand public et le concept de la célébrité pour nous demander : qu’est-ce qui constitue une personnalité digne d’être adorée ? Shmelzer se sert souvent de créatures-messagères dans sa pratique artistique ; dans ce nouveau corpus d’œuvres, il nous offre des objets inanimés aux visages humains, coiffés de couronnes et assis sur des trônes. Ce n’est pas sans rappeler les origines du portrait, alors que seules les personnes riches étaient représentées en portraits. Ici, Shmelzer remplace cette personne riche par… une guimauve. Les guimauves semblent non genrées à l’exception de leurs titres, princesse, duc et comte, qui font allusion aux rôles traditionnels des sexes. L’artiste évoque mystère et intrigue en faisant une référence historique à la monarchie et la déshumanise en formes anthropomorphes. L’œuvre est satirique et absurde mais recèle aussi un commentaire plus sombre. Dans un monde où tout est vécu à travers un filtre, comment valorisons-nous l’identité, et qui contrôle le récit ?

Image : Jemimah Lorissaint, Imperfectum II (détail), 2021, huile sur toile, 20 x 20 po

Parcours de l'exposition

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