De l’idée à l’exposition : Haleta, de Danayit Ephrem Zeru
Photo : David Pistol
« À bien des égards, l’exposition m’a transformée tout autant que je souhaite qu’elle transforme les gens qui la vivront. »
Quand Danayit Ephrem Zeru a commencé le Programme de bourses pour commissaire de la Galerie d’art d’Ottawa (GAO), un programme d’un an conçu en partenariat avec le groupe Ottawa Black Art Kollective (OBAK) et le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), elle n’y a pas vu qu’une occasion de monter une exposition : elle y a vu une chance d’affiner ses compétences dans le domaine en étant mentorée, en collaborant avec des artistes et des spécialistes du milieu et en concrétisant sa propre exposition, de l’idée jusqu’au vernissage.
Ainsi est né ሀሌታ| Haleta. Au seuil de l’être, une exposition rassemblant les œuvres de 13 artistes d’Ottawa sur les thèmes de l’identité, de la mémoire, du patrimoine, de la transformation et de l’appartenance.
Quand Zeru a présenté sa demande au programme de bourse, elle avait pour concept les mots intraduisibles, mais n’avait pas encore trouvé celui sur lequel l’exposition se canaliserait. C’est son père qui l’a mise sur la piste d’haleta, le mot qui sert à la fois de titre et de trame de fond au projet.
« Haleta est un mot du guèze qui a perduré en amharique. Il n’existe pas de traduction exacte. Il peut désigner le commencement ou la première lettre, mais il comprend une dimension spirituelle bien plus vaste. Il décrit le moment avant la création, avant que Dieu ne crée pour la première fois. La possibilité, avant qu’elle ne se concrétise. L’état d’être en devenir, avant de franchir le premier pas. Plus qu’un début, haletasurvient tout juste avant le commencement d’une chose. » – Danayit Ephrem Zeru
Photo : David Pistol
Le concept d’haleta est devenu le fondement de l’exposition. La commissaire a invité chaque artiste à choisir un mot qui leur tient à cœur, que ce soit pour des raisons culturelles, familiales ou linguistiques, ou un concept d’une autre culture qui les inspire. Les artistes ont ensuite interprété ces mots par la peinture, la photographie, la sculpture ou des techniques mixtes, exprimant ainsi des émotions, des expériences et des vécus qui transcendent la langue.
Entre autres exemples : Esey (amharique – Éthiopie), ce qui veut dire « la joie qui vient d’un sentiment de soulagement, d’un élan de gratitude ou de la réalisation d’un espoir »; Anamnesis (grec – Grèce), que l’on peut interpréter comme « une réminiscence qui vient transformer le présent »; Tentacion (espagnole – Espagne), soit « le besoin ou l’envie de commettre un acte risqué ou malhonnête ». Découvrez les œuvres inspirées par ces mots et d’autres dans cette exposition.
« Plus je pensais à mon idée, plus j’y voyais un parallèle parfait avec la démarche de chaque artiste. Chacun aborde le seuil à sa manière. Certains parlent de migration et d’identité. D’autres se penchent sur la mémoire, l’ascendance, la guérison, la spiritualité, la résilience ou l’appartenance. Pourtant, malgré leurs différentes approches, il y a toujours cette interrogation sur ce qui se trouve dans l’entre-deux. Entre pays. Entre générations. Entre le deuil et l’espoir. Entre ce que nous avons été et ce que nous sommes en voie de devenir. »
Pour Zeru, la conception de l’exposition a été en soi une expérience de transformation. Le travail avec un groupe d’artistes lui a donné la chance de côtoyer toutes sortes de pratiques artistiques : « Travailler avec 13 artistes, c’est travailler dans 13 univers complètement différents. Chaque conversation venait remettre en question ma compréhension de ce qu’est l’identité, la communauté, la transformation. À bien des égards, l’exposition m’a transformé tout autant que je souhaite qu’elle transforme les gens qui la vivront. »
Le programme de bourse, que Zeru décrit comme un investissement dans les commissaires de demain, lui a aussi donné la chance de vivre la collaboration qui survient naturellement en cours de route et de découvrir les différentes perspectives et expertises qu’apportent l’OBAK, la GAO et le MBAC.
Photo : David Pistol
Pour l’OBAK, il est important de soutenir les commissaires pour renforcer la communauté artistique noire d’Ottawa. L’organisme a été fondé dans le but de donner aux artistes de la communauté noire le soutien, la visibilité et les moyens nécessaires pour un rayonnement culturel à l’échelle de la ville.
« L’intention derrière l’OBAK était simple mais importante : soutenir la communauté artistique noire d’Ottawa. Nous savions qu’il y avait besoin de donner aux artistes de la communauté noire le soutien, la visibilité et les moyens nécessaires pour que leurs œuvres soient vues et que leur carrière soit viable. Et ce faisant, nous soutenons la communauté d’Ottawa dans son ensemble. Une grande partie du travail de l’OBAK repose sur la collaboration, les partenariats et la communauté, et les commissaires sont un important morceau du processus. Les commissaires peuvent ouvrir des portes, mettre en contact les artistes avec leur public, et nous aider à poser un regard nouveau sur nos communautés et nos histoires. » – Monique Fuller, cofondatrice de l’OBAK
Du mot et sa définition jusqu’à l’exposition, Haleta, la notion de devenir prend forme grâce à la divergence entre les perspectives et le vécu de la commissaire et des artistes. Le public est invité à réfléchir à l’entre-deux de ce qui fut, de ce qui est et de ce qui est en voie de devenir. Pour Zeru, l’aventure ne s’arrête pas là, puisque le programme d’un an se poursuit. La deuxième phase se tiendra au MBAC. L’expérience que lui a donné la création d’Haleta lui sera précieuse dans sa carrière de commissaire, et certains remarqueront, avec justesse, qu’elle incarne elle-même le thème principal de l’exposition : l’éternel processus vers ce qui devient.
Programme de bourse pour commissaire : le profil de Danayit et des autres récipiendairesici. La Galerie d’art d’Ottawa (GAO), le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) et le groupe Ottawa Black Art Kollective (OBAK) travaillent de concert chaque année sur ce partenariat conçu pour enrichir l’écologie nationale des arts et soutenir la carrière de la prochaine génération de commissaires de la communauté noire au Canada. Restez à l’affut de l’appel à candidatures de 2027.
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